Dans la seconde partie de cette rétrospective, nous avons vu comment la France s’est fièrement relevée de la première Guerre et comment les Français ont su déployer toute leur créativité dans un marché très concurrentiel, avant que la seconde Guerre Mondiale ne chamboule tout. Nous allons maintenant voir comment la France a repris ce marché et comment la toilette masculine en France a évolué.

Après-Guerre

1945-1950 : La pente est raide

Après la guerre, la France a beaucoup de mal à retrouver de la main d’oeuvre qualifiée, des moyens et des matériaux, l’Industrie repart donc difficilement. On continue de voir des rasoirs en plastique et bakélite, la production des coupe-choux est encore belle, mais on sent que le marché a envie de revenir aux belles choses d’avant-guerre.

Années 1950

Tabac Original

La mode des années 1950 voit l’arrivée du jean, du t-shirt, du perfecto et des Converse : c’est le début et le développement du prêt-à-porter. Les publicitaires reprennent des couleurs et vantent sans cesse les bienfaits de leurs articles.

Dans le monde du parfum, qui depuis toujours délaisse les compositions masculines, on assiste à la naissance de L’Eau d’Hermès, Monsieur de Givenchy ou Pour Monsieur de Guerlain. Outre-Rhin la marque Tabac Original est créée en 1959 et connaît un succès international, la même année sort le Vétiver de Guerlain.

Utilité avant tout

Les catalogues de rasoirs sont plus restreints, on commence à privilégier l’utile au beau. Le Français moyen a moins de budget mais cherche tout de même du solide. Les rasoirs redeviennent donc en métal, mais les coffrets qui jusque là faisaient la part belle à la gainerie laissent place à des essais plus ou moins concluants de plastique.

Gillette répond parfaitement à cette demande en proposant désormais ses rasoirs dans des coffrets plastiques. Certains modèles ont des codes de couleur par rapport au niveau de dureté de la barbe (la boîte rouge pour les barbes dures, la bleue pour les peaux sensibles, etc…). Certains coffrets sont proposés dans une couleur différente pour un seul pays, et les collectionneurs sont ravis quand ils arrivent à en dénicher.

A gauche le « Super-Speed » en trois versions, selon le type de barbe. A droite, le Gillette Monobloc, dont la boite jaune n’existait que pour le marché Français, elle était bleue pour le reste du monde.

L’électrique c’est fantastique

Le rasoir électrique est en plein essor : l’homme moderne a juste besoin d’une prise de courant pour se raser, plus besoin de blaireau, ni de crème, ni même d’eau ! Philips et son fameux Philishave, Braun, Calor, Remington… les marques se multiplient et développent toutes sortes de rasoirs électriques pour l’homme dans le coup, mais aussi pour Madame !

Années 1960

Le Français des années 1960 porte des couleurs pastel unies, le vestiaire influencé par les Mods est de plus en plus prêt du corps, étroit. Si moustache il y a, elle est touffue et ne dépasse pas, avec un bouc parfois. On porte la coiffure champignon à la Mireille Mathieu. Pierre Cardin sort sa première ligne pour Homme, c’est également la décennie qui verra l’arrivée de l’Habit Rouge de Guerlain (1965) et l’Eau Sauvage de Dior (1966).

Toujours à la recherche d’innovations, alors que beaucoup d’autres fabricants se sont calmés, Gillette continue sa réflexion entamée dans les années 1950. S’intéressant aux différents types de barbes, ils réfléchissent à une façon de pouvoir proposer un rasoir qui puisse convenir au maximum d’utilisateurs. En recherche et développement durant la seconde moitié des années 1950, le rasoir « Adjustable » de Gillette sortira en 1960. Rapidement suivi par une version plus fine (1963), ce rasoir de sûreté réglable sera produit jusqu’en 1968. En 1965 sort le Techmatic, qui aura la vie courte (voir notre article dédié au développement du multilames).

Les fabricants de coupe-choux se raréfient, mais continuent de produire des lames d’excellente qualité, à bas prix. Les rasoirs sont à la fois plus simples (nez ronds, dos droits lisses, chasses plastiques) mais les lames arborent plus de gravures qu’avant.

Fin d’une ère

Années 1970

Au dessus des chemises à imprimés colorés, les têtes des Français portent le goatee, les cheveux poussent, le look hippie dicte un corps au naturel. Ceux qui préfèrent se raser le font à l’électrique, qui gagne en confort et en fiabilité. Avec la mode des cheveux longs chez les Hommes, les salons de coiffure deviennent mixtes et ne laissent plus de place aux véritables barbiers. A tel point que l’enseignement du rasage et de l’entretien de la barbe disparaît peu à peu des programmes de formation des apprentis coiffeurs.

You don't want to look like a hippie, do you?
You don’t want to look like a hippie, do you?
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Publicité Bic

Le rasage humide n’est pas mort, il s’est juste transformé avec l’invention du GII par Gillette en 1971. En 1975 le baron Bich va plus loin et lance son premier rasoir entièrement jetable : le rasoir BIC. Le tout début des années 1970 voit donc l’arrêt de la production de rasoirs chez Leresche, dernier grand fabricant français (si grand qu’il fabriquait même des lames au compte de Gillette la décennie précédente !). Les stocks s’écoulent au fur et à mesure, mais le marché a pris un tel coup qu’il faut songer à se renouveler.

Les hommes séparent de plus en plus leur parfum du rituel du rasage et se tournent vers des jus plus virils tels qu’Azzaro pour Homme, Yves Saint-Laurent pour Homme ou Paco Rabanne pour Homme (les appellations ne trompent pas !). La fin des années 1970 voit l’arrivée du rasoir Gillette Contour, dont la tête pivotante facilite grandement le geste.

Années 1980

Avec l’adoption du sportswear, les jeunes français portent la doudoune et des survêtements. Sur un visage bien rasé, les cheveux longs sont plaqués en arrière. Les parfums masculins se montrent plus frais, plus complexes et plus dynamisants ; ils se destinent plus concrètement aux sportifs.

Les parfums BIC, un joli flop.

Fahrenheit de Dior sort en 1988. Au même moment, BIC tente d’entrer dans le marché de la parfumerie en vendant des petites bouteilles de parfum aux couleurs de leurs célèbres stylos à bille. Vendus à très bas prix (20 F maximum) dans les bureaux de tabac, ils rencontrèrent un cuisant échec. Celui-ci est essentiellement dû au fait que l’image du luxe et de la séduction, liée aux parfums, ne va pas de pair avec les produits jetables. Les parfums furent donc retirés en 1991, malgré de bons résultats aux tests en double aveugle.

Gillette continue de perfectionner ses créations. Il n’est plus question d’inventions révolutionnaires, mais bien de perfectionnements d’idées déjà avancées. Après le Contour qui épousait les contours du visage, Gillette s’intéresse au confort et développe une bande lubrifiante sensée améliorer la glisse et le soin de la peau. Cette nouvelle sensation, c’est le Gillette Sensor Excel.

Années 1990

La mode masculine s’adoucit, la silhouette s’affine, les couleurs sont de plus en plus unies. Les femmes apprécient les jus floraux, spontanés et innocents. La vanille fait également son grand retour en force. De leur côté, les hommes optent pour plus de sobriété, appréciant les jus aseptisés, frais et propres. C’est à cette période que les premiers parfums unisexes tels que CK One font leur apparition.

Avec 750 millions de dollars d’investissement, d’innombrables brevets, des matériaux et techniques que l’on ne retrouve qu’en aérospatiale, Gillette sort son Mach3 en 1998. Ce nouveau poids lourd reste encore aujourd’hui la meilleure vente de la firme américaine.

Ce n’était pas en France, mais nous avons trouvé qu’il était intéressant de le mentionner : l’année 1999 voit la naissance de Movember qui aide a financer des travaux révolutionnaires sur le cancer de la prostate, le cancer testiculaire, la santé mentale et la prévention du suicide. Durant le mois de novembre, les hommes se laissent pousser la moustache pour attirer l’attention sur ces maladies autrement difficiles à prévenir.

En conclusion, voilà un siècle de rasage bien chargé ! Mais le rasage humide est-il mort et enterré ? Non ! Quelques petites marques résistent encore et toujours l’envahisseur. A la fin du XXème siècle, parmi les marques historiques françaises, nous retrouvons Thiers Issard, Plisson et Osma. Le XXIème verra la naissance de beaucoup d’autres, mais c’est une autre histoire… Merci de nous avoir lus !

6 Replies to “Le rasage en France au XXème siècle – 3ème Partie”

    1. Bonjour,
      Merci pour vos articles qui sont vraiment très intéressants et bien rédigés, donc agréables à lire. J’ai appris beaucoup de choses.

  1. Est que Gillette peu dans un avenir proche remettre sur le marché certains de leurs rasoirs de sûreté à des fins commerciales sachant que la vente des rasoirs type fusion et autre est en recul.
    Cordialement

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