A l’approche des résultats définitifs des élections présidentielles américaines, il nous a paru opportun de nous intéresser aux Présidents passés. En effet l’un des plus célèbres, Abraham Lincoln, arborait une barbe emblématique. Comment la pilosité faciale a-t-elle évolué au fil des Présidents ? La Razette fait le point.

Les citoyens du XXème siècle étaient généralement bien rasés aux États-Unis, à l’exception de brèves poussées de barbe dans les années 1960 et 1970 et de moustache dans les années 1980. Aujourd’hui, la barbe est de retour en force. Le look hirsute est si populaire qu’il a un impact direct sur les résultats de Procter & Gamble, propriétaire du plus grand fabricant de rasoirs : Gillette ! Les produits de soins pour barbe sont une industrie en plein essor, les films et la mode mettent de plus en plus en avant des barbus et moustachus, mais la tendance ne semble pas atteindre la sphère politique. Les poils du visage sont toujours considérés comme un handicap pour l’obtention d’un mandat électif…

Favoris et moustaches de présidents, marques d’une époque

La dernière fois qu’une barbe ou une moustache a orné le visage d’un président américain remonte au 4 mars 1913. C’est le jour où William Howard Taft et sa volumineuse moustache en guidon de vélo ont été remplacés par Woodrow Wilson, rasé de près, dans la plus haute fonction du pays. Plus de cent ans de rasage depuis !

Taft a marqué la fin d’une série d’actes de grande originalité faciale parmi les présidents américains. Abraham Lincoln a lancé la tendance en 1861, lorsqu’il est entré en fonction en tant que premier président avec une barbe – seuls les favoris étaient apparus auparavant à la Maison Blanche. De 1861 à 1913, neuf des onze présidents des États-Unis avaient une barbe ou une moustache.

La pilosité du visage des présidents est un reflet de leur époque. Il existe diverses explications à l’essor de la barbe à ce moment-là. Elles vont de l’explication inoffensive, comme une vision de plus en plus romantique du monde naturel et donc des visages naturels, à l’explication plus déprimante selon laquelle, comme l’explique Sean Trainor dans The Atlantic, la barbe en est venue à être « un symbole de la suprématie masculine blanche ».

Lincoln et la lettre d’une admiratrice

Abraham Lincoln rasé et barbu
Abraham Lincoln rasé et barbu

Abraham Lincoln a été le premier président barbu des États-Unis. Mais il aurait pu entrer en fonction rasé de près en mars 1861 ou même n’être jamais élu s’il n’avait pas reçu la lettre de Grace Bedell, originaire de New York et âgée de 11 ans. Elle n’aimait pas son apparence lors de la campagne de 1860, sans poils sur le visage, mais avait tout de même apprécié le grand politicien.

Bedell a alors écrit à Lincoln avant l’élection :

« J’ai encore quatre frères et une partie d’entre eux votera pour vous de toute façon mais si vous vous laissez pousser la barbe, j’essaierai de faire en sorte que les autres votent pour vous, vous seriez beaucoup plus beau car votre visage est si mince. Toutes les femmes aiment les moustaches et elles taquineraient leurs maris pour qu’ils votent pour vous et vous seriez alors président ».

Lincoln a répondu à la jeune fille qu’il allait essayer et, au moment où il a été élu et où il a commencé son voyage de l’Illinois à Washington en 1861, il s’était laissé pousser la barbe dont on se souvient tant. Ensuite, la jeune fille et le président ont continué de s’écrire pour se donner des nouvelles de leur famille, comme de vieux amis.

Une remarque, cependant : la barbe de Lincoln n’était pas une barbe pleine mais une « mentonnière », c’est-à-dire qu’il se rasait la lèvre supérieure. Une forme aussi appelée « Old Dutch », littéralement la vieille hollandaise, car elle était souvent portée par les habitants et expatriés du plat pays.

L’importance du vote des femmes

Une étude en sciences politiques de 2010 suggère que depuis que les femmes ont gagné le droit de vote, les poils du visage sont devenus moins populaires parmi les politiciens en raison de leur association avec la violence domestique et le machisme. « Les hommes ayant une pilosité faciale sont considérés comme plus favorables à l’usage de la violence et les femmes et les féministes sont moins susceptibles de voter pour eux », écrivent les auteurs de l’article.

A l’inverse, un président parfaitement rasé rassure, car son visage glabre symbolise le fait qu’il n’a rien à cacher, on peut ainsi plus facilement lui faire confiance. La popularisation du rasoir de sûreté grâce à Gillette a permis aux politiciens d’être parfaitement rasés tous les jours, et ainsi gagner la confiance des électrices et électeurs.

Bien sûr, si Elizabeth Warren, Michelle Obama, Nikki Haley et Hillary Clinton devenaient présidentes (elles sont considérées comme les plus susceptibles de le faire), cela mettrait fin à toute discussion sur le rasage à la Maison Blanche, ce qui laisserait la place pour les questions bien plus importantes. A moins qu’elles ne souhaitent parler librement du rasage féminin.

Le barbier présidentiel

Milton Pitts coiffait les présidents américains, dont Ronald Reagan.
Milton Pitts coiffant Ronald Reagan.

Un président américain a-t-il son propre coiffeur personnel ? Après tout, il doit bien avoir une coupe de cheveux présidentielle régulière, n’est-ce pas ? Il s’avère que oui ! Ou du moins, la présidence en avait une, par le passé.

Milton Pitts a été le barbier attitré de la Maison Blanche pendant environ 25 ans. Il a été le barbier officiel des républicains pendant quatre administrations, à savoir celles des présidents Nixon, Ford, Reagan et Bush Senior.

Comme ce poste exige une certaine proximité, les présidents ont tendance à faire appel à des personnes de confiance pour les servir. C’est pourquoi, lorsque M. Obama est arrivé à la Maison Blanche, il a également amené son ami de longue date et barbier depuis plus de 15 ans.

Aujourd’hui, il n’y a malheureusement plus de barbier à la Maison Blanche, la pièce qui servait de salon de coiffure est maintenant le bureau du directeur de la sécurité intérieure. Ce dernier coiffe-t-il le Président Trump ? L’histoire ne le dit pas.

« Les barbes sont pour les hippies »

L’exil de la barbe de la politique américaine contemporaine serait causée par la montée des communistes et des hippies.

Le stéréotype d’un hippie barbu anti-Vietnamien et la popularité montante de Fidel Castro durant les années 1960 ont renforcé l’idée que tous les hommes barbus sont des fainéants qui détestent l’Amérique. Cette perception est malheureusement encore très répandue aujourd’hui. Aucun homme politique se présentant aux élections ne risquerait de s’aliéner ses électeurs âgés en portant une barbe qui rappellerait ces stéréotypes.

Ainsi, tant qu’un candidat barbu ne remportera pas une élection très médiatisée, la barbe n’a que peut de chances de s’imposer en politique. Les politiciens n’essaient généralement pas de nouvelle stratégie de campagne tant que son efficacité n’a pas été prouvée au préalable.

L’auteur A.D. Perkins, dans son livre « Mille barbes : une histoire culturelle de la pilosité faciale », écrit en 2001 que les politiciens modernes reçoivent régulièrement des instructions de leurs conseillers et autres responsables pour « éliminer toute trace de pilosité faciale » avant de lancer une campagne de peur de ressembler à Lénine, Staline ou Marx d’ailleurs. Perkins conclut : « La barbe a été le baiser de la mort pour les politiciens occidentaux… ».


Pour conclure sur une note plus légère, nous pourrions imaginer à quoi ressembleraient les derniers présidents de notre époque s’ils portaient la barbe…

les présidents Barack Obama et Donald Trump s'ils portaient la barbe.
Barack Obama et Donald Trump s’ils portaient la barbe. (Source : Twitter)

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